Salazar

et le retour de la monarchie

 

Pour revenir à un sujet plus proche du sujet de base de cette liste, je souhaiterais vous soumettre quelques textes qui prononcés dans un contexte autre et à une autre époque me semblent garder une valeur par le fond de leur pensée.

Il sont issus du dictionnaire politique de Salazar dont je possède un exemplaire qui revient à l'instant de chez mon relieur, et que j'ai rouvert pour l'occasion avec un plaisir décuplé par la vue du papier relieur, l'odeur du cuir et sa douceur sous la main.

Ces réflexions me semblent valables dans le cadre d'un retour d'une monarchie en régime républicain.

J'espère ainsi répondre à un souci de réflexion plusieurs fois exprimé par Paul Turbier qui est un peu le gardien de notre temple et a appelé à une réflexion globale parfois sans grand répondant, mais ".. en fin de comptes on ne sait jamais jusqu'où peuvent retentir les échos d'une voix, même lorsqu'on a l'impression de prêcher dans le désert", n'est-il pas ?

 

" Beaucoup d'hommes pensent que leurs bonnes intentions exercent une influence décisive sur les évènements, ce qui n'est aucunement exact. Ce qui détermine la marche des événements, ce ne sont pas les intentions. Même les actes, considérés isolément, n'in­fluent pas sur eux d'une manière décisive. Ce sont avant tout les positions d'où l'ensemble de l'action procède et où elle trouve ses inspirations."

Cette citation me semble déjà relever du même souci de réflexion que celui qui anime Paul.

 

Que dit Salazar de la monarchie et de son éventuel retour ?

 

"Le Pays n'a aucun intérêt à avoir une Monarchie pour trois mois, ni même pour trois ans. La Monarchie, la République présentent un intérêt lorsqu'elles constituent la solution nationale du problème du régime et, en conséquence, se stabilisent et permettent de tirer le maximum de profit de leur force intrinsèque et de leurs vertus spécifiques. Dans ces conditions, tout nouveau régime devrait surgir naturellement, comme l'expression de l'état social du Pays et de sa manière d'envisager le plus haut des problèmes politiques. Une question aussi transcendante, devrait être exclusivement résolue par la raison éclairée des hommes; elle l'est généralement, dans un sens ou dans l'autre, et pour le plus grand malheur de la communauté, par la violence des passions.

 

En face de l'Etat apte à définir et à réaliser une politique, il est nécessaire que la Nation comprenne et appuie cette politique; autrement dit, il est nécessaire qu'il existe un état de conscience collective capable d'être le support de la politique nationale. Dans les limites où la politique nationale peut se confondre avec le régime, l'intégration des consciences dans les principes qui inspirent ce régime est la base la plus solide et sans doute la garantie la plus efficace de sa stabilité.

 

Les personnes étrangères à la vie de l'État s'étonneront d'entendre dire, surtout de la bouche d'une personne se trouvant depuis si longtemps au Gouvernement, que le pouvoir est par essence délicat et fragile et que seul le fait qu'il repose sur la base d'une large compréhension et d'un appui solide lui permet de se maintenir sans violences et de travailler avec efficacité.

 

Quand on nous demande de compléter et de perfectionner les institutions qui sont l'essence et la structure du régime, on nous adresse un appel qui est dans la pure logique des choses; quand, de mon côté, je demande et redemande que nous fassions nôtres les principes et que nos convictions soient converties en actions pratiques, je soutiens que les institutions sans les principes sont des corps sans vie, qui ne pourront se maintenir longtemps incorrompus, et que, perdant la vie, ,elles perdent immédiatement leur pouvoir d'action. S'enorgueillir d'une doctrine, ce n'est que hisser un drapeau: la vivre intensément c'est entrer tout armé dans la lutte.

 

Cette distinction entre les principes et les institutions, il faut également la faire entre les institutions et les régimes; ceci nous évitera bien des désillusions et en particulier les risques de tomber dans une espèce de fétichisme politique donnant aux formules une valeur absolue, ou, tout au moins, supérieure à celle qu'ils possèdent. Ce n'est pas le moment de m'occuper expressément de la question posée dans quelques thèses présentées au Congrès, et qui concluent à la Monarchie. C'est pourquoi je n'y ferai qu'une légère allusion.

 

La Monarchie possède cette supériorité réelle de, par sa propre nature, résoudre - dans la mesure où elle peut être humainement résolue - la question de la stabilité de la direction suprême de l'État; mais la, Monarchie n'est pas un régime, elle n'est qu'une institution. En tant que telle, elle peut coexister avec les régimes les plus divers, de structures et d'idéologie les plus différentes. Dans ces conditions, elle ne peut être, à elle seule, la garantie de la stabilité, d'un régime déterminé et elle ne le devient que lorsqu'elle est le couronnement logique des autres institutions de l'État et se présente comme une solution si efficace et si naturelle qu'elle ne soulève aucune discussion dans la conscience générale. Telle est la question. Dans la difficulté des temps que nous traversons, les consciences sont absorbées par des problèmes d'une nature toute différente: la paix, les questions économiques et sociales n'ont pas seulement aujourd'hui la primauté absolue, elles exigent encore, dans chaque pays, unité de pensée et unité d'action, c'est-à-dire la plus grande cohésion nationale possible, afin de pouvoir trouver les solutions appropriées. En conclusion, et en guise de conseil, je dirai: étudions tout, mais ne nous divisons en rien.

 

J'en reviens à l'allusion que j'ai faite à la conscience collective comme étant la garantie la plus solide de la stabilité et de l'efficacité du régime. Il ne suffit pas d'une conscience passive et plus ou moins conformiste, car ce qu'il faut c'est une conscience vive et vibrante, fût-elle tant soit peu rebelle, qui soit, en elle-même, le stimulant et l'inspiratrice de l'action. Mais cette conscience, nous ne pouvons la trouver que dans une élite politique ayant en outre derrière elle une pléiade d'hommes d'étude, appliqués à approfondir des problèmes, à agiter des idées, à définir des principes d'orientation, à créer une doctrine, à donner l'impulsion à l'activité même du régime. On peut faire de la politique avec le coeur; on ne peut gouverner qu'avec la raison éclairée."

 

Quant à l'attitude des princes, voici ce qu'en dit Salazar, et ceci est peut-être un élément de réponse à l'appel de Paul à un futur souverain qui reste muet.

 

"Je pense que le Gouvernement a fait tout son possible pour que la Famille de Bragance - je parle de la branche portugaise - du moment que sa présence a été admise dans le pays, fût placée sur le plan élevé de dignité qui revient aux descendants directs des Rois de Portugal. Et il a agi ainsi pour deux raisons. Parce que cette justice était due à ceux qui ont conduit la Nation au long de huit siècles d'histoire; et parce que l'on devait prudemment prévoir qu'un moment pourrait survenir où la solution monarchique serait une solution nationale. De cette ligne de pensée il résulte que la Maison de Bragance, qu'on la considère comme la simple dépositaire d'un héritage historique, ou bien comme incarnant la possibilité de rendre dans l'avenir de nouveaux services à sa Patrie, à notre Patrie, devrait s'abstenir de prendre la tête d'une activité politique qui, en un moment déterminé, au lieu d'unir les Portugais, ne pourrait que les diviser."

 

Je confesse que la rumination de ces textes tend à confirmer ma conviction, que les objectifs limités de l'Alliance Royale de raviver indépendamment des princes la notion de royauté dans l'opinion publique, sont bien adaptés et constituent probablement le meilleur premier pas que nous puissions faire concrètement, même si c'est peu, fort peu.

 

Quant à une éventuelle politique pour une future monarchie, les principes de philosophie politique qu'exprime Salazar ci dessous et ceux déjà exprimés ci-dessus, à notre époque qui mieux qu'un roi pourrait les prendre à son compte ?

 

"Bien que convaincu que la politique se fait beaucoup avec le sentiment, et très peu avec la raison, je ne pouvais manquer, aujourd'hui surtout, d'en appeler à l'intelligence des Portugais, puisqu'il s'agit de problèmes d'une si haute importance et dont il serait désastreux de confier la résolution au jeu des passions.

 

Il n'y a pas de régimes éternels; il n'y a pas de régimes parfaits; il n'y a pas de régimes universels. Il n'y a pas de régimes éternels, mais il y a des régimes stables ou instables; il n'y a pas de régimes parfaits, mais il y a ceux qui servent et ceux qui desservent les Nations; il n'y a pas de régimes universels, mais il y a ceux qui prennent en considération et ceux qui méconnaissent la particularité des circonstances et l'universalité du facteur humain.

 

Que prétendons-nous? Que, tenant compte des qualités et des défauts des hommes auxquels il s'applique, le régime réalise, avec le maximum possible d'ordre et de liberté individuelle, les conditions nécessaires au progrès de la vie collective.

 

Froid exécuteur de l'intérêt national, sans clientèle ni parti, je cherche avec calme à démêler les causes et les effets de l'action Politique et je compare sans passion les résultats des doctrines avec les procédés de gouvernement.

 

Aux âmes déchirées par le doute et l'esprit de négation du siècle, nous avons tenté de restituer le réconfort des grandes certitudes. Nous n'avons pas discuté Dieu et la vertu; nous n'avons pas discuté la Patrie et son Histoire; nous n'avons pas discuté l'autorité et son prestige; nous n'avons pas discuté la famille et sa morale; nous n'avons pas discuté la gloire du travail et le devoir de travailler.

 

Nous ne sommes séduits et satisfaits entièrement ni par la richesse, ni par le luxe de la technique, ni par un outillage qui amoindrit l'homme, ni par le délire de la mécanique, ni par le colossal, le démesuré, l'unique, la force brutale, tant que l'aile de l'esprit ne les a pas touchés pour les mettre au service d'une vie chaque jour plus belle, plus élevée et plus noble. Sans nous laisser pour autant détourner d'une activité qui augmente la quantité de biens appartenant à chacun et donc le confort matériel, nous avons pour idéal de refuser le matérialisme de notre temps; que les champs soient plus féconds, mais que les joyeuses chansons des jeunes filles continuent d'y retentir; que le coton ou la laine soient tissés sur les métiers les plus modernes, mais que nu vienne pas se mêler à la trame la haine de classe, et qu'on ne chasse pas de la boutique ou de l'atelier notre vieil esprit patriarcal.

 

D'une civilisation qui retourne scientifiquement à la jungle, nous sommes séparés sans rémission par le spiritualisme - source, âme, vie de notre histoire. Nous nous refusons à nourrir les pauvres d'illusions, mais nous voulons à tout prix préserver, de la vague qui déferle sur le monde, la simplicité de vie, la pureté de moeurs, la douceur des sentiments, l'équilibre des relations sociales, cet air familial, modeste mais digne, qui est le propre de la vie portugaise; et par-delà ces conquêtes ou ces reconquêtes de nos traditions, c'est la paix sociale que nous prétendons sauver».

 

On ne gouverne pas des anges dans l'espace, mais des hommes sur la terre qui sont comme ils sont et non comme quelques-uns voudraient qu'ils fussent.

 

Je crois que l'ordre et l'équilibre social sont une création constante du pouvoir, inspiré par la justice. Celui-ci est donc autoritaire, dans ce sens que l'autorité, du moment qu'elle est nécessaire et limitée, ne peut être discutée en elle-même, mais n'a pas à se montrer violente ni injuste dans son action.

 

Contrairement, peut-être, à ce que beaucoup de gens pensent, non seulement je n'ai jamais désiré le pouvoir mais je continue à ne pas le désirer; car le pouvoir continue à ne pas me séduire et je n'en retire et je n'espère en retirer aucune compensation matérielle ou morale. Je sers; un point, c'est tout. Dans ces circonstances, je n'oserais jamais m'identifier ou me comparer à aucune personnalité historique, de celles qui ouvrent leur chemin à coups d'épée ou de génie et qui s'imposent par leur stature exceptionnelle. Si, grâce à la continuité du pouvoir et à la fidélité à un certain nombre de principes, il m'a été possible de réaliser une oeuvre d'une certaine valeur pour mon pays, ceci signifie que le temps a apporté sa quote-part à la somme de travail accompli. Peut-on en tirer quelques conclusions en ce qui concerne l'organisation même du Pouvoir, aujourd'hui en crise dans la plupart des États, pour le plus grand danger des intérêts de la collectivité? On peut présumer de ma réponse; mais je ne la formulerai pas pour le moment» ."

 

Textes divers tirés du dictionnaire politique de Salazar établi par Jacques Ploncard d'Assac, SNI 1964.

Message du Lieutenant (VR) 30-10-2001.